Hausse des prix des produits de première nécessité: Les vraies raisons de la vie chère

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 210 vues

La farine, le lait, l’huile de palme raffinée, le riz, la viande, les matériaux de construction et même les produits vivriers sont touchés aujourd’hui par la flambée des prix.

Le 18 juillet dernier, pour rassurer les Ivoiriens, le ministre du Commerce et de l’industrie a annoncé des mesures, qui ont été renforcées par le conseil des ministres qui a suivi.

Ce qui préoccupe la population, ce sont plutôt les raisons réelles qui justifient ces augmentations et les solutions à apporter.

En Côte d’Ivoire, en dépit de nombreuses coopératives agricoles, la tomate, le piment, l’oignon, l’aubergine, les haricots verts, sont importés, à un moment de l’année. Entre le mois de décembre et celui de juin, les Ivoiriens consomment en réalité de la tomate et du piment en provenance du Burkina Faso.

«Nous ne produisons ces produits vivriers que de façon saisonnière, c’est-à-dire, entre le mois de décembre et celui d’août», explique Mme Baya épouse Vanié, présidente de la Confédération nationale des acteurs du vivrier de Côte d’Ivoire.

Certes, la saison sèche a été citée comme premier facteur de la hausse des prix des produits vivriers cette année, mais le véritable problème, dit-elle, est la dépendance à l’égard de l’extérieur. Quasiment tout ce qui entre dans la confection de la sauce en Côte d’Ivoire est importé.

Ce diagnostic établi depuis longtemps par les opérateurs du secteur vivrier est le premier facteur cyclique dans la hausse des prix sur le marché.

«Nous n’avons de cesse que de demander l’aide des autorités pour éviter cette situation», poursuit Mme Baya. Il y a que cette année, deux autres facteurs sont venus se greffer à cette situation. Ce qui a entraîné une hausse en cascade des prix des produits de grande consommation sur le marché. La première étant la pandémie à coronavirus. 

Produits de grande consommation

«La plus grande flambée a été induite par la pandémie à coronavirus», explique Soumahoro Ben N’Faly, président de la Fédération nationale des organisations des consommateurs de Côte d’Ivoire (Fnoc-CI). Elle a impacté plusieurs catégories de produits.  «Quasiment tout ce que nous importons a été touché. Les matériaux de construction, le riz, les pâtes alimentaires, etc.», ajoute M. Soumahoro.

Comment ? Selon plusieurs opérateurs économiques, le conteneur qu’ils louaient, par exemple, à 7000 dollars en Chine (environ 3,8 millions FCFA) pour le transport de leurs marchandises est passé du jour au lendemain à 14 000 dollars (7,7 millions FCFA). En cause, le faible trafic des bateaux. À cela, il faut ajouter la faible production provoquée par le confinement.

Les prix ont donc flambé. «Or, la Côte d’Ivoire importe 80% de ses produits de consommation», ajoute le président de la Fnoc-CI. Avant d’ajouter : «Nous sommes consommateurs, pas producteurs».

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Ce problème était déjà en cours depuis 2020 quand les conséquences provoquées par le rationnement de l’électricité sont venues s’y ajouter en 2021. Obligées de tourner au ralenti, certaines entreprises comme les cimentiers ont, avec l’accord des autorités, procédé à un réajustement du prix du sac de ciment.

Annexe fiscale

Enfin, le dernier facteur, occulté par les derniers développements est l’annexe fiscale 2021. «Le lait infantile et certains produits cosmétiques ont augmenté dans les pharmacies. Cela n’a rien à voir avec le rationnement ni la pandémie à coronavirus, mais à cause de l’annexe fiscale 2021. Elle nous oblige à appliquer la TVA de 9% sur ces marchandises», fait savoir Ouattara Kanigui, président des pharmaciens de Côte d’Ivoire. 

Décidée par le gouvernent pour mobiliser plus de fonds, l’annexe fiscale 2021 est venue en réalité normaliser les taxes sur le lait infantile et d’autres produits aux normes de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). Une norme qui n’était pas respectée depuis de nombreuses années. Alors que la valeur de la TVA était de 18%, pour ne pas faire peser cette mesure sur les opérateurs économiques, l’Etat a décidé de la maintenir à 9%.

Ce qui n’a pas empêché la hausse des prix de certains produits. «Nous avons fait des propositions au gouvernement pour baisser les prix, et nous attendons un retour», ajoute Ouattara Kanigui.

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Il y a donc trois dossiers sur la table des autorités pour lutter contre la vie chère. D’abord, le dossier du secteur du vivrier, ensuite celui qui a cours en ce moment et qui concerne les effets combinés de la covid-19 et du rationnement, enfin, le dossier concernant les répercussions de l’annexe fiscale.

Les solutions à la vie chère

Il faut parvenir coûte que coûte à un accord pour soulager la population. À entendre Smaïla Silué, président de l’Association des boulangers de Côte d’Ivoire, section Bouaké, la première chose que l’Etat peut faire, vite et bien, c’est d’agir sur la fiscalité.

«Les boulangers, par exemple, sont soumis à la même fiscalité que les grandes entreprises. Cela nous étouffe. Si l’Etat procède à un allègement de la fiscalité vis-à-vis des boulangers, cela règlera le problème de la hausse du prix de la farine et des autres intrants», indique-t-il.

D’après le boulanger, les propositions faites par le gouvernement sur une éventuelle substitution de la farine de blé par d’autres intrants, afin de maintenir le prix du pain, ne peuvent aboutir. 

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«Les seuls intrants qu’on pourrait considérer dans ce cas de figure restent la farine de mil, la farine de banane et la farine de manioc. Mais avec ces aliments, le taux de gluten reste nul. Et c’est mauvais pour le pain. Jusque-là, tous les efforts des acteurs du secteur pour faire du pain avec ces produits sont restés vains. Les seuls pains que nous avons réussi à faire, sont les pains spéciaux qui ne se vendent qu’à petite échelle», souligne-t-il.

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En plus, dit-il, la farine n’est pas le seul élément dans la composition du pain pour lequel le prix a augmenté. Il y a la levure aussi.

Tout comme lui, plusieurs opérateurs économiques insistent sur la réduction de la fiscalité. C’est notamment le cas pour le maire d’Adjamé, Farikou Soumahoro, président de la Fédération nationale des acteurs du commerce en Côte d’Ivoire (Fenacci). Voilà donc que l’annexe fiscale 2021 adoptée pour ne pas que le pays dépende trop de l’aide extérieure devient le premier ennemi.

L’Etat va-t-il revoir sa marge bénéficiaire ?

Le cas de figure le plus plausible est qu’au terme des concertations avec les opérateurs économiques, certaines taxes et impositions soient revues à un niveau acceptable pour les acteurs, qui devront faire l’autre moitié du chemin, pour ramener les prix à un seuil tolérable.  En fait, le gros chantier se trouve ailleurs.

Raphaël Tanoh

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