La galerie Houkami Guyzagn entre le noir et le blanc

Ils ont sorti les pinceaux. Les pots de peinture. Surtout le noir et le blanc. Et en quelques jours, une quinzaine de tableaux d’arts a vu le jour. C’était lors de l’atelier créatif «Effets graphiques» du 9 au 12 mars avec la participation de 6 artistes-plasticiens. Transformée en un atelier grandeur nature pour la confection des toiles, la galerie d’art Houkami Guyzagn sise à la Riviera-Abidjan a également ouvert ses portes, ce 16 mars 2022, pour l’exposition et la mise en vente des chefs-d’œuvre. Un fait inédit. Zoom sur un vernissage hors du commun.

«Je suis une femme. Il fallait que je fasse la promotion de la femme. La femme dans la peinture, c’est la muse de l’art, tous les grands artistes ont commencé par crayonner la femme». C’est par ces mots, un timbre vocal empreint de passion et de fierté, que Mélodie Ozoua, nous décrit ‘’Farafina Mousso’’ (femme d’Afrique). Cette œuvre est l’une des 4 réalisations nées de sa plume lors de cet atelier. Unique femme membre du groupe d’exposants du jour, l’Association d’échange et de données artistiques de Côte d’Ivoire (Aedart.ci), cette férue d’art est une diplômée de l’Insaac. T-shirt noir estampillé du nom de l’exposition, son tableau phare en toile de fond, elle arbore un large sourire.

Cette ambiance bon enfant bat son plein dans l’enceinte de la grande cour de Houkami Guyzagn, ce mercredi soir. Entre les visiteurs et les artistes qui échangent et rigolent à gorge déployée, le son de la langoureuse musique en fond sonore et la clémente température ambiante de cette pièce de la galerie à ciel ouvert, le cadre est envoûtant.

Kouamé Rosine, chimiste de métier, ne déroge pas à la règle. Elle est conquise et ne semble pas dépaysée dans cet environnement loin des tubes à essai qu’elle manie à longueur de journée.  «C’est la première fois que je viens dans cette galerie.  J’ai été invitée par un ami qui est artiste-plasticien à venir voir l’exposition sur le noir et le blanc. J’ai reconnu ses œuvres qui parlent de la culture Akan et des femmes. Mais, j’aime bien ces œuvres-là, je crois que c’est le même auteur. On a l’impression que c’est éclaté mais en même temps on arrive à distinguer des formes. Je pense que je reviendrai. C’est important de s’intéresser à l’art pour nourrir l’esprit», indique la jeune femme toute subjuguée, qui se découvre des talents de critique d’art.

Coup d’essai, coup de maître ? Son avis de néophyte est en effet partagé par un professionnel du secteur, présent sur les lieux.  Emile Gbédé est artiste-plasticien. Au nom de la confraternité érigée en principe dans le monde de l’art, l’artiste est venu en visiteur, ce mercredi. Il nous explique sa lecture empreinte d’objectivité. «Il se trouve que des collègues, des amis, des frères se sont mis ensemble autour de l’art. Pendant l’activité, je suis passé voir comment ça se passait, et aujourd’hui j’assiste à la restitution. Je ne suis pas déçu. Surtout quand on regarde le laps de temps durant lequel le travail a été fait», salue-t-il.

Si les visiteurs applaudissent la qualité des pièces des deux mains, il n’y a pas d’entrain quand il s’agit de mettre la main à la poche pour les achats. «Avec la galerie, on a initié une formule qui permet à des personnes qui n’ont pas grands moyens d’acheter des pièces progressivement. Mensuellement ou à un rythme défini, il peut payer. On travaille notre politique de prix pour ne pas fermer le champ de l’art à une certaine classe sociale», nous souffle Amakan, artiste-peintre-graphiste, l’un des exposants. Yapi Roger abonde dans le même sens : «Le message, c’est qu’il faut se rapprocher de l’art et des artistes. Aller au-delà des préjugés. Aujourd’hui, il y a des toiles accessibles par tout le monde», prêche-t-il à l’endroit des profanes du monde du 3è art.

Les potentiels acheteurs se font prier. Et cela ne semble aucunement décourager Thierry Dia. Responsable de Houkami Guyzagn, la structure hôte de l’évènement, ce mordu d’art a dévolu son édifice en un sanctuaire de la chose artistique. Pour lui, l’art n’a pas de prix. «C’est une satisfaction de voir que les jeunes ivoiriens travaillent bien. La galerie est là pour ça, soutenir les jeunes artistes plasticiens. Aider et positionner nos jeunes talents», relativise-t-il. Née en 2000, cette galerie d’art était localisée au domicile de son patron. Crescendo, l’établissement a élu domicile aux II-Plateaux avant de déposer finalement ses valises à la Riviera 2. Outre les expositions, une kyrielle d’activités exclusivement contenues dans le canevas de l’art font la pluie et le beau temps à la galerie Houkami Guyzagn, sous la férule de Mimi Auguste Errol, Directeur artistique de l’espace. «Habituellement, ils travaillent dans leurs ateliers et ici c’est un lieu de commercialisation. La particularité de cette exposition, c’est qu’elle a été créée sur les lieux de la vente. C’est comme si on fabriquait le lait dans un supermarché devant tout le monde et qu’on le vendait dans le même endroit. Inédit en plus, c’est de ne plus se servir des couleurs mais des valeurs noires et blanches», ainsi résume-t-il la singularité de cette exposition.  Tant qu’il y aura des hommes et des femmes sensibles à l’art, Houkami vivra !

Charles Assagba 

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