Jean-Christophe Belliard: «Pour qu’il y ait de la sécurité, il faut du développement»

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 92 vues

L’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Jean-Christophe Belliard, a prononcé une allocution très importante lundi 22 novembre 2021 à Abidjan lors de l’ouverture de la 5ème Session Internationale de Réflexion Stratégique (SIRS-2021).  Nous vous la proposons en intégralité.  

«Je suis heureux d’être en votre compagnie ce matin, pour cette session de l’Institut d’études stratégiques et de défense. Le thème que vous avez choisi cette année : «Armées africaines et sécurité intérieure : état des lieux et enjeux pour le développement» est, d’évidence, au cœur de nos préoccupations, et au cœur de notre (civils, militaires) travail quotidien. Quand je dis notre :

1- Le développement, en effet, est la finalité de tout ce que nous faisons : fournir de l’éducation, fournir des soins, fournir de l’eau, fournir des infrastructures aux populations. Les armées sont un outil au service de cette finalité.

2- Mais, pour qu’il y ait du développement, il faut de la sécurité. Sans sécurité, la vie quotidienne n’est plus possible. Sans sécurité, on ne peut plus aller aux champs pour cultiver la terre. Sans sécurité, on ne peut plus aller à l’école (Nigéria).

Sans sécurité, on ne peut plus se déplacer d’un point à l’autre. Les routes sont coupées, dangereuses. On ne peut pas vivre. On ne peut pas se développer, dans un tel contexte.

Sans sécurité, il n’y a plus de confiance or la confiance est la base de nos économies/Le verdict des marchés financiers est, par ailleurs, sans appel. Quand le verdict de ces marchés est mauvais, parce qu’il y a de l’insécurité, parce qu’il y a des désordres, sociaux ou politiques, les pays doivent emprunter à des taux prohibitifs, voire ne peuvent plus emprunter.

Je salue, à cet égard, les résultats obtenus par la Côte d’Ivoire, qui, malgré le Covid, malgré les incertitudes régionales, emprunte à des taux extrêmement bas sur le marché des eurobonds. C’est le signe d’une confiance, à long terme, dans la Côte d’Ivoire, car les marchés ont pour horizon le long terme.

 3- Mais, pour qu’il y ait de la sécurité, il faut du développement.

Il faut qu’il y ait des écoles, des puits, des dispensaires, des routes, des pistes dans les campagnes.

S’il n’y a pas le minimum, les autorités n’auront pas la confiance (encore ce mot), n’auront pas l’adhésion des populations.

L’adhésion des populations est fondamentale. On le voit dans certaines parties du Sahel, où des régions entières vivent en dehors de l’autorité de l’Etat, d’une part en raison de la terreur qui leur est imposée, mais aussi parce que ces populations demandent, outre la sécurité, l’éducation, l’eau, la santé, et souvent, en premier lieu, la justice. Ces populations, parfois, accueillent favorablement une justice sommaire, mais qu’elles peuvent percevoir comme plus juste, moins déterminée par la corruption.

Sans l’adhésion des populations, les Etats perdent le contrôle de leur territoire. Les Etats ne peuvent plus compter sur les populations pour les alerter sur ce qui se passe.

Sans adhésion des populations, les Etats perdent quelque chose de précieux : la capacité à recueillir les renseignements.

Sans perspectives, les populations se tournent vers les activités illicites : trafics divers (voiture, bétail, armes, drogue), orpaillage, et, bien sûr terrorisme. D’une manière ou d’une autre, ces activités sont liées les unes aux autres. L’orpaillage finance le terrorisme. Les trafics financent le terrorisme. Il y a même un lien entre ce qui se passe en mer (piraterie maritime) et tout ce que je viens de décrire.

On le voit : tout est lié, et c’est bien là la difficulté de la tâche. Il faut, c’est une priorité absolue, développer les populations. Mais l’insécurité peut être un obstacle.

Il faut passer outre : construire, malgré l’insécurité, obtenir l’adhésion des populations. Cela passe par des programmes de développement ambitieux, par le désenclavement. Cela passe, bien entendu, par la montée en puissance (effectifs, matériel, mobilité) des forces armées, et par l’accélération du lien entre collecte de renseignement et passage à l’action.

Et cela passe, et je conclurai là-dessus, par le développement d’une relation de confiance entre les forces armées (et, au-delà, des forces de sécurité et les populations)».

La Rédaction de nordsud.info

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