Grand-Bassam: Le patrimoine mondial de l’Unesco menacé

par nordsud.info
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Attention, rien n’est encore gagné !

C’est en juin 2012 que la ville historique a été classée patrimoine mondial de l’Unesco. Neuf ans après, Grand-Bassam est plus que jamais menacée de déclassement si rien n’est fait pour sauver le site. Les autorités ivoiriennes ont pris la mesure de la situation.

C’est le 29 juin 2012, lors de la 36e session du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco, à Saint-Pétersbourg, en Fédération de Russie, que la ville historique de Grand-Bassam est devenue Patrimoine mondial de l’Unesco. Ce, sur la base de critères qui se déclinent en 4 points : la valeur urbanistique et architecturale ; la valeur environnementale et paysagère ; la valeur historique ; la valeur culturelle. Une belle victoire pour la Côte d’Ivoire et surtout pour l’équipe du ministre de la Culture et de la Francophonie, Maurice Kouakou Bandaman. Quand on sait que la Côte d’Ivoire avait échoué à deux reprises à faire inscrire ce joyau culturel sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Avec cette inscription, de gros défis restaient à relever pour restaurer le quartier France de Grand-Bassam, la partie de la cité des insulaires concernée par la classification du patrimoine de l’Unesco. Désormais, toute modification de bâtiment devrait être soumise à autorisation. Tout comme toute construction de quelques bâtiments ou maison que ce soit. La restauration des bâtiments répondait à un plan bien déterminé par l’organisation internationale. Par-dessus tout, un comité est mis en place pour le bon suivi de l’exécution du cahier de charges.

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Depuis donc cette inscription, le bien a fait l’objet de quatre rapports sur son état de conservation. Des recommandations ont été faites en ces termes : «L’Unesco encourage l’Etat-partie à continuer de mettre en œuvre les actions spécifiques demandées par le comité dans ses décisions précédentes et reflétées dans le plan d’actions visant à renforcer la protection et la conservation du bien, à approfondir la recherche documentaire sur le bien, à tenir à jour l’inventaire et à régulièrement vérifier l’applicabilité des textes réglementaires pour une conservation et gestion durable et efficace du bien ; Demande à l’Etat partie de tenir le comité informé de la mise en œuvre de projets majeurs, à savoir la restauration conforme de l’ancien Palais de justice, la restauration de la Maison du patrimoine culturel de Grand-Bassam, le renforcement des ressources financières et des capacités techniques et administratives de la Maison du patrimoine culturel pour collecter des fonds et mettre en œuvre des activités, les projets d’aménagement de la voirie du bien, les projets opérationnels dans le cadre de l’application du schéma directeur d’assainissement, ainsi que la réouverture de l’embouchure du fleuve, et rappelle à l’Etat-partie la nécessité d’informer le comité, à travers le Centre du patrimoine mondial, de tout projet futur susceptible de potentiellement affecter la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien, incluant son authenticité ou intégrité, conformément au paragraphe 172 des orientations, avant que des décisions difficilement réversibles ne soient prises».

Attention au déclassement du site

Neuf ans après l’inscription du site sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, le bilan est très mitigé. Seulement 20 à 25 % des projets prioritaires du plan de conservation et de gestion de ce bien ont été mis en œuvre. Pis, certaines recommandations de l’Unesco n’ont pas encore trouvé de solution, notamment la réouverture de l’embouchure du fleuve Comoé, ainsi que la restauration de l’ex-Palais de justice et de la Maison du patrimoine culturel. Une situation due à l’insuffisance des moyens financiers, selon les experts.

A cela s’ajoute la dégradation du site due à une inondation du site, suite à une pluie diluvienne, en 2019. Conséquemment à cette situation, l’Unesco a commis des experts pour faire des constats dont la sauvegarde d’urgence du bien, auquel cas le site pourrait être mis sur la liste du patrimoine en péril. Si une telle décision venait à être prise, cela pourrait hypothéquer l’inscription des mosquées de style soudanais du nord ivoirien sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, en juillet 2021. Pour éviter le déclassement de Grand-Bassam, Patrimoine mondial de l’Unesco, l’Etat de Côte d’Ivoire est tenu de respecter ses engagements vis-à-vis de l’instance mondiale chargée du patrimoine.

C’est donc pour rassurer l’Unesco et l’opinion internationale que la nouvelle ministre de la Culture, de l’Industrie des arts et du Spectacle, Harlette Badou N’Guessan Kouamé, a effectué une visite sur le site, le lundi 10 mai 2021. Objectif : constater de près l’état de conservation du bien. Suite à cette visite, elle a donné des instructions à la direction générale de l’Office ivoirien du patrimoine culturel (OIPC), de mettre en œuvre des projets urgents pour cette année 2021.

Des actions impératives sont donc proposées portant sur le renforcement du cadre juridique et réglementaire, la conservation et le renforcement de la valeur universelle exceptionnelle, la valorisation, la promotion et l’animation du site. Coût estimatif de ces actions : 1.251.574.699 sur un montant global de 70.643.960.540 Fcfa (montant du projet de sauvegarde et de valorisation du site). «Il appartient de soutenir le ministère de la Culture pour la mise en œuvre de ces actions urgentes pour éviter que le site de Grand-Bassam soit rayé de la liste du patrimoine mondial de l’Unesco», déclare un expert du comité de suivi de la sauvegarde de la ville historique, patrimoine mondial de l’Unesco.

Et de poursuivre : «Le plus important n’est pas d’être inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, mais il faut être capable de mériter la confiance de l’institution internationale. C’est pourquoi, nous devons tout faire pour sauver le patrimoine mondial de l’Unesco par la conservation de ses biens».

Des retombées existent si le site est valorisé

La mise en valeur touristique de la ville historique de Grand-Bassam, patrimoine mondial de l’Unesco, permettra d’engranger beaucoup d’argent en termes de droits d’entrée, de visites guidées, de ventes de produits dérivés, de documents et photos, etc. A ces avantages s’ajouteront d’autres retombées économiques provenant des achats directs effectués par les éventuels visiteurs et touristes dans la ville.

Au Sénégal, la ville de Saint-Louis, patrimoine mondial de l’Unesco est un exemple. En 2012, ces arrivées touristiques étaient estimées à un million de visiteurs pour des recettes générées de 352 milliards de FCFA.

Grand-Bassam doit réussir ce pari. D’emblée, experts et autorités s’activent pour relever le défi.

Yvan Aziz  

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