Football: Le CN-FIF joue les prolongations

Le Football ivoirien traverse une mauvaise passe, particulièrement après l’élection du président de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), qui avait tourné au vinaigre en août 2020.  Installée le 14 décembre 2020 par la Fifa en vue de tourner la page, le Comité de normalisation de la FIF (CN-FIF) a fait du surplace. La capitaine de l’équipe de normalisation, Mariam Dao Gabala, n’a pas trouvé la recette magique pour ramener la quiétude à la maison de verre : un président élu par les 81 votants, après un toilettage des textes avant le 31 décembre 2021. C’est la feuille de route que lui a donnée la Fifa. Mais on va jouer les prolongations. Le mandat du CN-FIF, selon toutes vraisemblances est prorogé jusqu’en mars 2021, à minima. Dao Gabala et son staff devraient réussir 90 jours ce qui n’a pu être fait en un an.

Nouveau calendrier. Au sortir d’une réunion de concertation avec les clubs, le samedi 18 décembre 2021 à Abidjan, le CN-FIF a officiellement levé un coin de voile sur la prorogation de son mandat. «Le mandat du comité de normalisation est prorogé. Nous n’avons pas encore les délais. La décision de la FIFA arrivera ce mardi 21 décembre. Mais nous avons eu la confirmation que le mandat est prorogé. Mais dans quelles conditions ? C’est le conseil de la Fifa qui propose et ce sera pour ce mardi», a annoncé Mariam Dao Gabala. L’équipe a par ailleurs officialisé l’agenda des grandes lignes de cette prolongation. L’élection du président de la FIF va se jouer entre les candidats Sory Diabaté, Didier Drogba et Idriss Diallo courant mars 2022. Cela après l’adoption des textes en février. Mais les choses semblent mal embarquées. Alors que tous les présidents de clubs de L1 et L2 et D3 étaient conviés à une rencontre ce samedi avec le CN-FIF, 30, présumés proches du comité exécutif sortant ont boudé. La patronne du CN-FIF aurait décidé de punir les absents en refusant de leur verser le pactole issu de la parafiscalité, de la diffusion des matchs. Et leur démarche de ce lundi au siège de la FIF pour réclamer cet argent et les textes revisités par la FIF et la CAF n’a pas été fructueuse.

La genèse de la crise. Légalement, l’acte de candidature à la présidence de la FIF est tributaire de l’obtention du parrainage de 3 clubs de ligue 1, 2 clubs de ligue 2, 2 clubs de la troisième division et d’1 groupement d’intérêt. Cela n’a pas été possible pour Didier Drogba, un des prétendant à la candidature. Puisque l’Association des footballeurs ivoiriens, un groupement d’intérêt, avait refusé de lui d’accorder sa voix au profit d’Idriss Diallo. Les autres candidats ayant raflé la totalité des votes détenus par les groupements d’intérêts, l’ex-capitaine glanera néanmoins la voix d’une frange du groupement des arbitres, en proie à un bicéphalisme. L’autre frange dissidente accorde son vote à Sory Diabaté. La crise était née. Sollicitée par la FIF pour arbitrer le contentieux, la FIFA blâme le comité exécutif sortant et le remplace par une équipe de transition, selon une note en date du 24 décembre. En dépit du bras de fer et des recours intentés par la FIF devant le tribunal arbitral du sport pour contester cette mise sous normalisation, la messe était dite. Les normalisateurs étaient dans la place.

Les difficultés du comité de normalisation. Installée le 14 janvier 2020, le triumvirat dirigé par Mariam Dao Gabala avec pour membres le Professeur Martin Bléou et Me Adou Abé Simon a une feuille de route claire et un calendrier dédié. Réviser les textes (statuts et code électoral…) et tenir les élections du président de la FIF avant le 31 décembre 2021, comme l’indique le document de la Fifa. A moins de deux semaines du coup de sifflet final de cette échéance initiale, le football ivoirien n’a pas quitté la zone de turbulence.

Des textes pro-Drogba ? Les textes de la FIF, toilettés par les normalisateurs, passés au crible par la FIFA et la CAF, sont revenus à Abidjan. Les clubs y ont accès. Au cours d’une conférence de presse, le 23 novembre, au siège de la FIF, le spécialiste en droit de l’équipe de normalisation, Prof Martin Bléou, était revenu sur les parrainages, un point qui cristallise les mésententes. «Donc ce qui est retenu, c’est 4 parrainages de clubs et ou de groupements d’intérêts. Les 4 parrainages peuvent venir des clubs de ligue 1, de ligue 2, etc. toutes les combinaisons sont possibles, il n’y a plus de préférences, de hiérarchie ou de quota attribué à telle catégorie ou telle autre. Les candidats ne peuvent recueillir que 4 parrainages pas plus, pas moins.  Si un candidat va au-delà de 4, le surplus est invalidé et la candidature est rejetée. Le principe est qu’un club ne peut accorder qu’un parrainage. Si un club va au-delà d’exigence, il perd son droit de vote», a-t-il annoncé. Et c’est l’incapacité de Didier Drogba à réunir les parrainages qui avait créé le problème. Ce nouveau texte semble taillé sur mesure pour l’ancienne star de Chelsea d’autant qu’il limite le nombre de parrainage requis et abroge les anciennes contraintes sur lesquels Drogba avait buté. Une épine est donc ôtée du pied de DD11 dans sa course à la succession de Sidy Diallo à la maison de verre.

Des brouilles en perspective. En sus de l’adoption des textes, le quitus des clubs à la gestion financière du comité sortant sera à l’ordre du jour à la table de séance de l’assemblée générale, prévue en février 2022. Face à la presse, Dao Gabala dévoilait des pans des audits diligentés à la maison de verre. Le 29 novembre 2021 au Palm-club à Cocody, Sory Diabaté, vice-président de l’ancien Comex et candidat au poste de président de la FIF a donné des justificatifs remettant en cause les conclusions de cet audit. Certains médias soulignent que ces examens de la gestion financière de la FIF ne figurent pas dans le cahier de charge de la mission de normalisation. Le patron des sports a dans la foulée a annoncé que des têtes tomberaient suite aux audits.

Problèmes sportifs.  L’inexpérience du CN-FIF dans la gestion sportive et les résultats mitigés engrangés tant au niveau du championnat local, des compétitions africaines que dans les rangs de l’équipe nationale sont brandis par le comité sortant. «Il faut créer une nouvelle dynamique autour de cette équipe. Et c’est pour cela que je me permets de dire ici qu’il faut mettre en place un comité de gestion de l’équipe nationale très prochainement pour conduire et gérer l’équipe nationale», avait proposé Sory Diabaté lors de sa conférence de presse. Arguant que la confiance est «totalement rompue» entre les joueurs et le Comité denormalisation, l’ex-premier vice-président du comité sortant appelle à un retrait du CN-FIF de la gestion des Eléphants à la CAN. Un indicateur de la guerre de tranchée qui a cours au sommet du football ivoirien. Un facteur qui pourrait avoir de mauvais incidences sur la prestation des footballeurs ivoiriens. La participation de la Côte d’Ivoire à la prochaine CAN prévue au Cameroun sous la houlette de Dao Gabala est une certitude tout comme la prolongation de son mandat.

Charles Assagba

Related posts

Prix Marc-Vivien Foé 2024 : Trois Ivoiriens en lice pour le trophée

Pourquoi la Côte d’Ivoire renonce à l’organisation de la CAN U20 ?

Qualification mondial : la Côte d’Ivoire reprend la première place du groupe, dans la souffrance

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Lire la suite