Depuis le phénomène de rationnement de la fourniture d’électricité, la Côte d’Ivoire a déballé son plan pour ne plus revivre une telle situation.
Plus d’un mois après la «fin définitive du rationnement» de la fourniture d’électricité, impossible de chiffrer avec exactitude les dommages. Le sacrifice humain ? Pas la peine d’en parler, a indiqué le directeur général de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), Ahamadou Bakayoko, le 3 août dernier au cours d’une conférence de presse animée par le ministre des Mines et de l’énergie, Thomas Camara à Abidjan.
Une estimation des dommages en franc CFA ? On y travaille, selon Thomas Camara. Là où tous s’accordent, c’est qu’il n’y avait pas de raison pour que la Côte d’Ivoire vive ce cauchemar. Et pour cause : le secteur énergétique est l’un des domaines dans lesquels les autorités ont le plus investi, depuis 2011.
La puissance énergétique de la Côte d’Ivoire
En seulement 10 ans, le nombre de localités électrifiées en Côte d’Ivoire est passé à 6781 sur un total de 8518. En d’autres termes, 3 934 villages ont été électrifiés. Plus qu’il n’en a eu 50 ans d’indépendance (2847 villages). 375 milliards ont été investis en 10 ans pour électrifier ces 3934 localités. Le taux de couverture est passé de 33,3% à fin 2011 à 80,5% en 2020. Soit plus de 47 points en 10 ans. Le taux d’accès au courant a, quant à lui, été porté de 74% en 2011 à 98% en 2020.
Sur la période 2011-2020, alors que le pays ne disposait que de 1391 MW de puissance installée, des investissements massifs de près de 800 milliards ont été réalisés pour une capacité additionnelle de 838 MW. 215 milliards ont été investis sur la même période dans des projets de distribution.
Ces projets ont permis d’avoir un temps moyen de coupure de 16,4 h en 2020 contre 47,3 h en 2011. Des investissements qui assurent également une meilleure sécurisation du réseau électrique. Un vaste chantier de modernisation de la conduite du réseau a été engagé. 75 milliards ont été investis pour réaliser plusieurs travaux dont le projet de construction d’un dispatching supplémentaire et plus moderne à Yamoussoukro.
10 ans de succès, 10 ans de prouesses, 10 ans de performances qui plaçait la Côte d’Ivoire sur l’échiquier des géants énergétiques africains, quand la situation de rationnement dans la fourniture de l’électricité est intervenue en mai dernier. «Qui pouvait prévoir la crise sanitaire qui frappe le monde entier ?», a indiqué le ministre de la Communication, des médias et de la Francophonie, Amadou Coulibaly, le 3 août, lors de la conférence de presse de Thomas Camara, à laquelle il a pris part.
Les véritables causes du rationnement
Qui pouvait prévoir cette situation ? La véritable cause du rationnement est à chercher du côté de la sécheresse. L’assèchement des barrages hydroélectriques a été suivi de pannes survenues au niveau de la distribution. Notamment la panne du transformateur de Vridi qui avait provoqué un incendie. Or, selon le directeur général de la CIE, à la même période, la demande en électricité chez les ménages était forte, à cause de la chaleur.
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La situation a été réglée avec, d’une part, la montée des eaux des barrages hydroélectriques (grâce à la pluie), et d’autres part, la résolution des pannes électriques intervenues sur le réseau. Cela a coïncidé, d’après Ahmadou Bakayoko, avec la baisse de la demande en électricité, parce que la chaleur avait dans le même temps disparu. La consommation journalière des Ivoiriens est donc passée de 1650 à 1450 mégawatts. Ce qui a permis au pays d’avoir une réserve de production de 80 mégawatts.
On a failli dans la prévention
Là où la Côte d’Ivoire a failli, c’est dans sa capacité à mettre en place un système relais, juste au cas où…Car, le courant ne peut être stocké. Un problème qui est en passe d’être réglé avec la commande d’une centrale de réserve alimentée au gaz, d’une capacité de production de 200 mégawatts. La commande de cette centrale, à entendre Thomas Camara, a pour but de prendre le relais en cas de panne importante, comme celle que les Ivoiriens ont connue en mai.
Pour ceux qui l’ignorent, 39% de la production d’électricité de la Côte d’Ivoire est hydraulique et 61% thermique. En dépit de la forte demande nationale, les Ivoiriens continuent d’exporter de l’électricité vers plusieurs pays voisins, à hauteur de 1275 GWh contre 615 GWh en 2011. Soit une hausse de 107%.
Hydroélectrique
Le pays dispose de six barrages, mis en service entre 1959 et 1984. Des barrages qui représentent une puissance installée cumulée de 604 MW. La centrale hydroélectrique de Soubré de 275 MW a été mise en service en 2017. En plus de cela, 3 autres projets de grandes centrales hydrauliques et 9 projets de mini centrales hydrauliques ont déjà été identifiés.
Des études de faisabilité sont en cours, selon le ministère des Mines et de l’énergie, notamment sur les sites situés en aval de Soubré. Il s’agit de Louga (126 MW + 120 MW). Il faut aussi compter les travaux de construction en cours à Boutoubré (150 MW) et Singrobo (44 MW). Ce qui porte le potentiel hydroélectrique de la Côte d’ivoire à 2500 MW.
Vers les énergies renouvelables
Malgré cette artillerie, selon Côte d’Ivoire Energies, la demande en électricité dans le pays reste en constante augmentation. Il ne suffira donc pas pour les autorités de prévoir les pannes dans le réseau, mais aussi de satisfaire en tout temps la demande.
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Ainsi, conformément à l’accord de Paris ratifié par le gouvernement, les énergies renouvelables prennent de plus en plus de place dans le programme énergétique du pays. Le secteur devrait porter la part d’énergies renouvelables à 42% dans son mix électrique à l’horizon 2030.
La biomasse
Parmi les énergies renouvelables, la biomasse compte énormément. Et ce n’est pas qu’une illusion. L’activité économique de la Côte d’Ivoire orientée vers l’exportation et la transformation de produits agricoles génère une grande quantité de résidus qui constituera cette biomasse. Au dire de Côte d’Ivoire Energies, le potentiel de biomasse énergie du pays est de 16,7 millions de tonnes par an, reparti comme suit. Cacao : 13 millions. Huile de palme : 2,5 millions. Caoutchouc : 1 million. Coton : 0,2 million. La puissance électrique totale est ainsi estimée à 1 645 MWe.
L’énergie solaire
En plus de ce potentiel, la Côte d’Ivoire peut compter sur une autre source : l’énergie solaire. Les conditions d’ensoleillement sont très bonnes dans le pays avec un potentiel de plus de 1 900 kWh/m². D’après les autorités, les technologies de production d’énergie solaire sont caractérisées par une forte baisse des coûts depuis 5 ans. Elles sont plus accessibles. Et c’est un secteur que vise la Côte d’Ivoire.
Pour exploiter cet important potentiel en énergie renouvelable, plusieurs projets ont été lancés, dont certains déjà réalisés et d’autres en cours. Il y a notamment la mise en service du barrage de Soubré (275 MW) qui sera suivie du barrage de Singrobo (44 MW), puis le barrage Gribo-Popoli (112 MW). Sans oublier, les futures centrales solaires photovoltaïques de Boundiali (30 MW), celles de Korhogo Solar (20 MW), de Poro Power (50 MW), de Biotherm (25 MW), de Scaling Solar (50 MW).
Et enfin, pour ce qui est de la biomasse, il y a la centrale à Biomasse Biokala (46 MW). C’est donc peu dire : la transition énergétique est en marche sous le Président Alassane Ouattara.
Raphaël Tanoh