Depuis quelques semaines, des notes de service émanant de plusieurs ministères, agences, services et démembrements de l’état ‘‘contraignent’’ de manière explicite, leurs travailleurs à se faire vacciner contre la Covid-19. « Nous avons reçu la note. Elle oblige clairement le personnel soignant à se faire vacciner. Elle nous dit que tous ceux qui ne sont pas vacciner ne peuvent pas avoir accès au cabinet du ministre de la Santé », explique par exemple Arsène Kouadio, ancien président de l’Union nationale des étudiants de l’Institut national de formation des agents de santé (Infas), 26è promotion.
Obligation
Au cabinet du ministre de la Santé, de l’hygiène publique et de la couverture maladie universelle, on confirme également qu’une telle note circule. Elle invite même les visiteurs à se faire vacciner. Au ministère de l’Assainissement et de la salubrité également, une note faisant état d’une séance de vaccination le vendredi 03 septembre, dans la salle de conférence du cabinet, faisait clairement « obligation » aux travailleurs de se faire piquer. Une obligation renforcée par quelques modalités : Les agents non vaccinés ne sont admis au travail que sur présentation d’un test PCR- COVID négatif, à renouveler chaque semaine. A défaut, lesdits agents ne seront pas admis et les jours non ainsi travaillés feront l’objet de ponctions sur salaires.
« Quand ce n’est pas l’obligation, c’est une forme détournée pour obliger les travailleurs à se faire vacciner. Mais pour le faire, il faut une loi ou un décret. Or, rien de cela n’a encore été pris, donc faisons attention », note Boko Kouao, porte-parole de la Coordination des syndicats du secteur santé (Coordisanté).
Tous les ministères ont-ils pris de telles mesures ? Les communiqués continuent de tomber.
« Ici au ministère de la Fonction publique, aucune note de ce genre n’oblige qui que ce soit à se faire vacciner », informe les services de la ministre Anne-Désirée Ouloto. Dans les ministères où ces notes circulent, selon un proche collaborateur du ministre de la Santé, il n’a jamais été question d’obliger qui que ce soit à se vacciner contre la Covid-19. Ce sont, dit-il, des notes internes qui font partie de la sensibilisation et de la volonté du gouvernement de protéger sa population contre la pandémie qui gagne du terrain.
Le 6 septembre, le pays a en effet enregistré un nombre record de décès dus au Covid : 10. Portants à 477 le nombre de morts depuis l’arrivée de ce virus en Côte d’Ivoire.
Mais la politique de vaccination est à la traine. Après environ 6 mois, seulement 1 500 000 doses de vaccins ont été administrées. « On ne peut pas rendre le vaccin obligatoire, parce qu’on n’aura pas de toute façon assez de doses pour vacciner toute la population. Mais la Côte d’Ivoire veut atteindre le ratio de 10% de sa population vaccinée. Et pour aller vite, il faut l’imposer dans certains services », ajoute notre interlocuteur. Voilà donc l’explication. Face à l’évolution de la pandémie et les stocks limités de vaccins, le gouvernement opte pour une politique de petits pas : Obligation de vaccination dans les services publics dans un premier temps. Le temps de préparer les autres étapes. Une généralisation du vaccin est nécessairement soumise à une disponibilité des stocks, à une bonne campagne de sensibilisation et une législation adaptée.
Raphaël Tanoh
