Les 850 agents exerçant dans la commune de Bouaké sont en colère depuis le vendredi 16 avril 2021. Menés par les syndicats nationaux et locaux de défense des droits des agents de mairie à savoir le syndicat national des personnels communaux de Côte d’Ivoire (Synapecoci), le mouvement pour la défense des droits des agents municipaux de Côte d’Ivoire (Modamci), le syndicat national de la police municipale de Côte d’Ivoire (Synapomuci), le syndicat national des personnels communaux et de districts (Synapecodi), des agents ont posé des barricades sur la nationale A3 traversant la ville de Bouaké du nord vers le sud.
Ce mouvement de colère a paralysé l’activité économique dans la capitale de la paix. Pour aller d’un bout à l’autre de la cité, il fallait faire des détours. La police nationale craignant des débordements a pris position dans divers endroits autour de la mairie sis au quartier Trainou mais aussi autour des différents bureaux d’état civil.
Motifs de la grève
Au dire de Koné Oumar, secrétaire de section du Modamci, les agents municipaux qui comptent poursuivre cette mobilisation jusqu’à satisfaction totale de leurs revendications, s’insurgent contre une mesure de dégraissage de 122 agents exerçant à la mairie de Bouaké. Ils demandent l’annulation pure et simple du projet de dégraissage entrepris par l’équipe du maire Djibo Nicolas.
En outre, les grévistes exigent le départ du secrétaire général de la mairie ainsi que des directeurs et divers chefs de services. Pour Koné Oumar, la mauvaise santé financière de l’institution brandie par l’autorité pour le projet de licenciement est le fait de la mauvaise gestion des autorités.
De même, les agents en colère demandent le déblocage des salaires et les avancements des agents en grade ainsi que le paiement intégral des arriérés de salaires de la crise de 2002.
Ils recommandent aussi la suspension du projet de digitalisation du recouvrement des recettes communales. Et pourtant pour les autorités, en le faisant de manière électronique, il s’agit d’en assurer la traçabilité, la transparence et d’en réduire les déperditions.
Fermeté des autorités
Face à ce mouvement de colère, la mairie a décidé de jouer la carte de la fermeté. Le maire et son conseil municipal ne comptent point revenir sur ce projet de dégraissage.
D’ailleurs lors d’un conseil municipal prévu ce samedi 17 avril 2021, Djibo Nicolas compte donner une suite au licenciement. Il l’a dit le vendredi 16 avril 2021 à la suite d’une rencontre avec les responsables des grévistes.
C’était à la salle de mariage de la mairie. «Ils ont compris le caractère inéluctable du licenciement. Cette grève, même si elle dure 6 mois, les mesures vont s’appliquer», a rembarré le maire Djibo Nicolas. Il a donc invité les grévistes à reprendre immédiatement le travail.
Raisons du dégraissage
La mesure de licenciement en cours, aux dires du maire est «une injonction reçue de la tutelle». Elle est assujettie au budget 2021. «La direction du trésor a demandé de réduire nos effectifs et de réduire la masse salariale. Ce n’est pas une décision qui sort de mon chapeau. C’est une injonction de la tutelle», a insisté Djibo Nicolas. La mairie de Bouaké a une dette très élevée de plus de 2 milliards de francs Cfa.
Elle fonctionne depuis 2013 avec un budget d’environ 2,5 milliards de francs Cfa là où elle doit avoir en temps opportun 4 à 5 milliards de francs Cfa comme budget au vu des dépenses et des charges. Cette situation pénalise les investissements dans la commune ainsi que le fonctionnement normal des services municipaux.
La masse salariale élevée absorbe une part notable du fonctionnement (1.749.500.000 francs Cfa en 2020, soit 63,01% du budget). La solution selon les autorités municipales passe par la réduction du personnel pour faire baisser la masse salariale.
Critères de licenciement
Sont concernés par ce «départ négocié», trois catégories de travailleurs. Il s’agit des grands malades ou agents en situation sanitaire précaire, des absents notoires ou les agents non réguliers au service, des agents proches de la retraite et des agents recrutés sous contrat à durée déterminée.Plusieurs mesures d’accompagnement ont été arrêtées.
Les agents licenciés bénéficient du paiement des droits légaux de rupture de contrat ou de fin d’engagement avec paiement de préavis, en outre, la mairie offre le paiement de 6 mois de salaires anticipés aux partants. La mairie s’engage à faire le rachat de la pension de retraite pour les agents engagés avant la crise de 2002 et n’ayant pas atteint les 15 ans de cotisation de la caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps).
Mesures
La commune s’engage également au paiement de la dette liée aux indemnités de départ à la retraite au titre des années 2018, 2019 et 2020. Au titre des mesures complémentaires, la commune compte faire un redéploiement des agents (mutation) après le présent projet.
Les autorités s’engagent pour l’amélioration des moyens et conditions de travail des agents non licenciés. Il sera mis sur place un contrôle électronique de présence des agents ainsi que le renforcement et la modernisation du système de recouvrement des recettes et l’évaluation du personnel.
Allah Kouamé, correspondant permanent
