Tractations pour son retour du 17 juin: Gbagbo voulait être accueilli comme un chef d’Etat

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 292 vues

Le récit des tractations. Qui explique l’attitude de défiance de Gbagbo à son arrivée.

On connaît le contenu des discussions ouvertes à Abidjan au début de l’année pour le retour de Laurent Gbagbo. On sait un peu moins que ce retour a été sujet à d’intenses tractations à l’étranger depuis 2019. Des échanges au cours desquels le camp Gbagbo Ou Rien (GOR) a posé des conditions, avec une tendance à la surenchère.

Le président Mahamadou Issoufou à la manoeuvre. Dès 2019, ce sont les Africains qui ont entamé les approches avec Ouattara pour le retour de Laurent Gbagbo. A la tête des émissaires de haut niveau, l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou. Ce dernier est un compagnon de Laurent Gbagbo, notamment à l’Internationale socialiste. L’ex-chef de l’État nigérien a été par ailleurs président en exercice de la Cedeao entre juin 2019 et septembre 2020. Et coordonnateur du projet de la zone de libre échange continentale (ZLECAF), peu avant la fin de son mandat.

L’ex-chef de l’exécutif nigérien a profité de chaque rencontre internationale africaine et de ses bonnes relations avec le Président Ouattara pour plaider un retour négocié, concerté et apaisé de Laurent Gbagbo à Abidjan.

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Le plaidoyer d’Emmanuel Macron. Après la présidentielle d’octobre, les présidents Ouattara et Macron se sont rencontrés le 3 mars 2021 à Paris. Une visite, comme de coutume, placée sous le sceau de la courtoisie diplomatique et du passage en revue de la coopération entre les deux pays. Le président français a évoqué le cas Gbagbo et a plaidé auprès du président Ouattara le retour de l’ex-président en Côte d’Ivoire. Après s’être inquiété de l’indisponibilité du Premier ministre Hamed Bakayoko, Macron a encouragé le Président Ouattara à trouver un mécanisme pour maintenir le dialogue politique en cours.

Ouattara prend bonne note. Il souligne à son hôte sa préoccupation principale : Ce retour ne doit pas troubler la paix sociale qui règne dans le pays depuis dix ans.

Le chef de l’Etat ivoirien consent à mettre la question à l’étude dès la fin des élections législatives qui se tiennent le 6 mars 2021.

Les conditions de Laurent Gbagbo. A la suite de ces contacts de haut niveau, Assoa Adou se rend à Paris. Pour le compte de Laurent Gbagbo, il est reçu, autour du 25 mars de cette année, à la cellule africaine de l’Elysée, par Franck Parisse.

Avec toutes les interventions de haut niveau et l’acquittement de la Cour Pénale Internationale, les Gbagbo Ou Rien (GOR) se voient pousser des ailes. Ils pensent l’heure de leur réhabilitation historique arrivée. Ils abattent leurs exigences.

A lire également: Gbagbo à Abidjan: Peut-il vraiment réconcilier ?

Devant le conseiller d’Emmanuel Macron, Assoa Adou énonce les conditions de son mentor. Première exigence : il faut que le Président Ouattara appelle au téléphone Laurent Gbagbo pour lui proposer les modalités du retour. Deuxième exigence : le Président Ouattara mettra en place un comité dit de « haut niveau » pour préparer et organiser effectivement ledit retour. Troisième exigence : le Président Ouattara devra lui-même, en personne, se présenter à l’aéroport international Felix Houphouët-Boigny pour …accueillir Laurent Gbagbo.

Des exigences dignes d’un chef d’État …que Laurent Gbagbo n’est pourtant plus.

Le message et son contenu sont transmis à Emmanuel Macron. Le Président français ne les commente pas. Il charge ses conseillers de trouver un canal de transmission à Abidjan. Les désidérata de Gbagbo sont-ils parvenus au destinataire ? Nous ne le savons pas.

Toujours est-il qu’un malentendu s’est installé entre les deux camps que tout sépare.

Gbagbo défie Ouattara. Le régime d’Abidjan a donné des gages de bonne volonté : Passeport diplomatique et passeport vert remis à Gbagbo à domicile à Bruxelles, allocution de Ouattara en ouverture du conseil des ministres du 7 mai 2021, mise à disposition du pavillon présidentiel de l’aéroport…et d’autres choses.

Mais en aucun cas, il n’a cédé sur le principe de traiter Gbagbo autrement qu’un ancien chef d’État.

Laurent Gbagbo quant à lui joue à fond la carte de la défiance à l’autorité : il conteste les élections présidentielles de 2010 et pourfend celles de 2020. En clair, depuis qu’il est rentré le 17 juin, il n’y a que des autorités de fait. Pas de légitimité constitutionnelle. 40 jours de défiance. Qui prennent fin ce mardi 27 juillet ?

Il faut attendre pour voir.  

Imane A. Fatima

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