Débutée depuis plus d’une décennie, la reconnaissance des établissements confessionnels islamiques, souvent appelés medersas, est entrée dans une autre phase.
Ils sont environ un million d’élèves appartenant aux établissements confessionnels islamiques, qui attendent d’être pris en compte dans le programme officiel. Pourtant, l’Etat vient d’accorder la reconnaissance à 547 écoles cette année, à la suite d’une identification débutée depuis 3 ans, dans le cadre de la 4ème phase de cette opération. Jamais autant d’établissements n’avaient intégré le programme officiel en une seule fois. La 1ère phase démarrée en 2012 avait concerné 22 écoles islamiques. En 2013, 94 parmi ces établissements ont été reconnus lors de la 2ème phase. Il y en a eu 209 en 2014, pendant la 3ème phase. «Cette année, l’Etat a intégré plus d’établissements que jamais», se réjouit Hassan Camara, le responsable de la communication de l’Organisation des établissements d’enseignement confessionnel islamique de Côte d’Ivoire (Oeeci).
800 établissements
Ce qui porte à 800 le nombre d’écoles reconnues jusque-là. 13 ans après le début de cette initiative, il reste pourtant 2.000 autres établissements à intégrer. Certains parmi eux sont déjà éligibles, classés dans la catégorie A. D’autres ont encore quelques insuffisances pour être éligibles. Ils sont dans la catégorie B. Un troisième groupe est encore loin de l’intégration. C’est la catégorie C. Enfin, les derniers, la catégorie D, ne sont tout simplement pas intégrables.
L’Oeeci a jusqu’à 2025, selon le programme de l’Etat, pour terminer cette opération d’intégration. Y arrivera-t-elle ? «On l’espère. Au primaire, beaucoup d’écoles sont reconnues. Mais au secondaire, il y a encore des efforts à faire. Il n’y a qu’Abidjan (notamment Abobo) et Bouaké qui sont parvenues à faire reconnaître leurs établissements secondaires islamiques», indique Hassan Camara. Au supérieur, l’université islamique de la Riviera Bonoumin et quelques établissements supérieurs à Yopougon et à Bouaké sont à peine suffisants pour la fin du cycle de formation de ces milliers d’élèves.
Mais, le sceau d’intégration de ces établissements dans le programme officiel ne suffit pas à pallier les problèmes de ce secteur. Malgré le respect de certains critères (cadre, niveau des enseignants, programmes enseignés, etc.), les 800 écoles islamiques reconnues doivent tout revoir. C’est la décision du ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation. À commencer par la séparation entre le programme d’enseignement général et le programme arabe enseigné dans ces écoles. Un séminaire vient de s’achever sur la question avec les acteurs, dont les conseillers alphabétisation, encore appelés conseillers Alpha. Ce sont eux qui feront la police dans ces écoles pour s’assurer que le programme établi par le ministère est respecté.
Former des élèves plus compétitifs
«Contrairement aux établissements confessionnels chrétiens, nous avons deux volets. L’arabe et le programme officiel. Les conseillers doivent être formés à cela», ajoute Hassan Camara. Avec l’aide de l’Unesco et de spécialistes, ils ont travaillé à harmoniser ces deux programmes, depuis un mois. Les experts ont répondu à la question, comment enseigner l’arabe sans toucher au programme officiel ? Cela fait 50 ans que l’Oeeci rêve d’en arriver là. Former des élèves plus compétitifs sur le marché de l’emploi.
Dès la semaine prochaine, le programme défini par l’Etat à la suite des séminaires de formation, sera appliqué dans les 800 écoles islamiques confessionnelles, informe-t-on. Déjà, des manuels en arabe sont en cours de confection, en géographie, en histoire. Avec des taux de réussite exemplaires aux examens de grands tirages, l’Oeeci a commencé à recevoir des affectés de l’Etat dans certains de ses établissements. De nombreux parents d’élèves ne jurent plus que par ces écoles. Tout comme la communauté chrétienne est parvenue à le faire, l’Oeeci s’installe peu à peu sur le marché de l’éducation, comme le futur.
Raphaël Tanoh
