Une déclaration du gouvernement ivoirien, signée du ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture Maladie Universelle, Pierre Dimba indique la détection « de la maladie à virus Ebola après l’examen d’un échantillon prélevé le 13 août 2021 aux urgences médicales du CHU de Cocody, sur une jeune fille âgée de 18 ans, de nationalité Guinéenne ». Jointes par la rédaction de Nord Sud, des sources proches des milieux médicaux ivoiriens lèvent une once de voile sur le profil de la jeune fille et l’état d’avancement des investigations en vue de circonscrire l’évolution du pernicieux mal.

Flashback sur le parcours de la jeune fille contaminée
Répondant aux initiales K.D., la jeune fille contaminée est originaire de la région de Labé en Guinée, zone frontalière avec le Sénégal au nord, à 555 kilomètres de Guekékou où un cas de la fièvre à virus Marburg a été détecté le 3 août 2021. Les conclusions du rapport de l’équipe d’épidémiologistes sous-entendent que la jeune fille a quitté Labé, en compagnie du père de son futur époux, le 8 août 2021 en vue de rallier Abidjan. Elle a transité par Nzérékoré, Ouaninou, Adjamé avant d’arriver à sa destination sise à Cocody 2 Plateaux. En cours de trajet, elle a présenté une fièvre qui a été apaisée au Paracetamol. Bis repetita le 12 août vers 21 heures. Elle présentait une fièvre, des céphalées et des saignements au niveau des gencives et des appareils génitaux.
Elle est venue retrouver son compagnon
Dans la foulée K.D. est transportée dans une clinique de Marcory résidentiel d’où elle sera évacuée au CHU de Cocody, sous la coupole du Dr B., médecin résident, son compagnon. Les échantillons prélevés sur la patiente se sont révélés positifs à la maladie à virus Ebola. Un diagnostic confirmé par l’institut Pasteur.
« Il s’agit d’un cas isolé et importé. La patiente est actuellement en isolement et prise en charge au centre de traitement des Maladies hautement épidémiques du CHU de Treichville », stipule la déclaration gouvernementale. Par mesure de précaution, les cas contacts (personnel de santé de première ligne, contacts immédiats de la patiente, les forces de sécurité aux points d’entrée…) seront vaccinés contre la maladie à virus Ebola, prédit la note du gouvernement.
L’OMS se dit préoccupée
Les premières constatations de l’OMS sont formelles: « Aucun élément n’indique que le cas détecté en Côte d’Ivoire est lié à la récente flambée épidémique qui a touché la Guinée ». Cette première apparition du virus Ebola sur le sol ivoirien depuis 1994 nécessite de ce fait « une enquête plus approfondie et un séquençage génomique ». Des investigations qui permettront d’identifier la souche du virus et de déterminer s’il existe un lien entre les deux flambées.
« Il est extrêmement préoccupant que cette épidémie ait été déclarée à Abidjan, une métropole de plus de quatre millions d’habitants », a indiqué Dr Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique. Selon la note de l’OMS, le mécanisme sanitaire de riposte contre la maladie à virus Ebola en Guinée mettra à disposition de la Côte d’Ivoire 5000 doses de vaccin anti-Ebola, suite à un accord entre les ministères de la Santé des deux pays. Un vol affrété par la Côte d’Ivoire « décollera bientôt d’Abidjan pour recueillir les doses de vaccin qui serviront à vacciner les personnes à haut risque, surtout les agents de santé, les premiers intervenants et les contacts des cas confirmés ».
Une grande première sur le sol éburnéen
En dépit de ses frontières communes avec la Guinée et le Liberia, deux pays durement frappés par Ebola entre 2014 et 2016 et de la récente recrudescence de la maladie (ndlr officiellement terminée le 19 juin 2021 sur le sol Guinéen) , la Côte d’Ivoire n’a enregistré aucun cas confirmé de la maladie à virus Ebola.
Le premier cas avait été confirmé en 1994, l’année où un scientifique avait été infecté durant une épidémie chez les chimpanzés.
La maladie à virus Ebola est une pathologie grave, souvent mortelle, qui touche les êtres humains et d’autres primates. Les taux de létalité ont varié de 25 à 90 % lors des épidémies précédentes. Néanmoins, il existe désormais un traitement efficace, et si les patients sont pris en charge à un stade précoce de la maladie, avec en parallèle des soins de soutien, leurs chances de survie s’améliorent considérablement.
Charles Assagba
